Le Sénégal a décidé de porter l’affaire devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS), à la suite de la décision controversée de la Confédération africaine de football (CAF) d’attribuer le titre de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 au Maroc. Cette décision, rendue le 17 mars dernier, continue de susciter de vives réactions dans le monde du football africain.
Afin d’éclairer les enjeux juridiques de ce dossier complexe, le média espagnol *Marca* a sollicité l’analyse de Romain Bizzini, avocat spécialisé en droit du sport et reconnu pour son expertise dans les litiges impliquant la FIFA, la CAF et le TAS.
Une décision basée sur le règlement de la CAF
Selon cet expert, la CAF s’est appuyée sur les articles 82 et 84 du règlement de la compétition pour motiver sa décision. Ces dispositions stipulent clairement que toute équipe refusant de jouer ou quittant le terrain sans l’autorisation de l’arbitre est considérée comme perdante, avec un score forfaitaire de 3-0, et se voit éliminée de la compétition.
Dans ce cas précis, la commission d’appel de la CAF a estimé que le Sénégal avait enfreint ces règles, en refusant de poursuivre la rencontre ou en quittant la pelouse sans autorisation officielle. Toutefois, les éléments détaillés du dossier ainsi que les motivations complètes de la décision n’ont pas été rendus publics, ce qui alimente les interrogations.
Un délai de décision jugé conforme
S’agissant du temps écoulé avant le verdict, Romain Bizzini souligne que les textes de la CAF n’imposent pas de délai strict pour statuer, hormis une période maximale de six mois pour la phase préliminaire d’enquête. Il ajoute que la complexité et le caractère inédit de cette affaire ont nécessité des investigations approfondies, notamment pour entendre toutes les parties concernées avant de rendre une décision motivée.
Des chances de recours limitées pour le Sénégal
Sur la question des chances de succès du Sénégal devant le TAS, l’avocat se montre plutôt pessimiste. Selon lui, une lecture stricte des règlements pourrait conduire la juridiction arbitrale à confirmer la décision prise par la CAF.
Le Sénégal pourrait néanmoins tenter de défendre une autre interprétation des faits, en soutenant que la rencontre avait pu aller à son terme ou que certains joueurs étaient toujours présents sur le terrain. Toutefois, les règles de l’IFAB imposent qu’une équipe dispose d’au moins sept joueurs pour continuer un match, ce qui pourrait fragiliser cet argument.
Au final, l’expert estime que, dans la mesure où le TAS se prononce essentiellement sur des questions de droit, les chances de voir la décision annulée restent relativement faibles.
Quelles issues possibles ?
Le TAS dispose de larges prérogatives dans ce type de litige. Cependant, la possibilité de rejouer la finale semble peu probable, faute de disposition claire dans le règlement de la CAF. Si la décision est confirmée, le Maroc conserverait le titre, avec une éventuelle remise officielle du trophée et un échange des médailles.
Vers un précédent juridique majeur
Au-delà du cas sénégalais, cette affaire pourrait faire jurisprudence dans le football africain, voire international. Elle met en lumière la nécessité pour les équipes de respecter strictement les décisions arbitrales, notamment en ce qui concerne le fait de quitter le terrain.
Elle pourrait également pousser les instances dirigeantes à clarifier certains points du règlement, notamment les conditions de reprise d’un match interrompu et la définition du nombre minimum de joueurs autorisés à poursuivre une rencontre, conformément aux standards de l’IFAB.
