Les récentes déclarations de l’ancien maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé, lors d’une émission sur GMS TV, continuent de susciter des réactions dans la sphère politique locale. Ses critiques répétées à l’endroit de Ousmane Sonko et du parti Pastef Les Patriotes sont perçues par certains comme une tentative de repositionnement en vue d’une reconquête de la mairie de Ziguinchor.
Dans une déclaration rendue publique, Amadou Tom Mbodji, responsable politique de Pastef et candidat à la présidence du conseil départemental, appelle à « une mise au point ferme » et exhorte à un retour sur certains faits du passé.
Selon lui, le débat public ne saurait se limiter à des confrontations politiques, mais doit s’inscrire dans une exigence de vérité et de responsabilité. « On ne peut prétendre briguer à nouveau la confiance des citoyens sans répondre aux zones d’ombre de son propre parcours », souligne-t-il.
Amadou Tom Mbodji rappelle notamment qu’en 2013, Abdoulaye Baldé avait été épinglé dans un rapport du Vérificateur général, dirigé à l’époque par François Collin. Il lui était reproché d’avoir continué à percevoir un salaire de l’Inspection générale d’État malgré sa démission, pour un montant estimé à 150 millions de FCFA.
« La question reste entière : cet argent a-t-il été remboursé ? », s’interroge-t-il.
L’année suivante, en 2014, l’affaire prend une tournure judiciaire avec l’implication de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).
L’ancien maire avait été poursuivi et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre d’une enquête portant sur une fortune présumée dépassant le milliard de FCFA, liée notamment à son passage à la tête de l’ANOCI sous Abdoulaye Wade.
Les investigations avaient révélé l’existence de comptes bancaires importants, que l’intéressé avait justifiés par des dons de l’ancien chef de l’État, une explication jugée insuffisante par ses détracteurs.
Plus récemment, le rapport 2022 de la Cour des comptes du Sénégal sur la gestion de la commune de Ziguinchor entre 2015 et 2018 est venu raviver les critiques. Le document fait état de 54 manquements dans la gestion municipale.
»Parmi les principales observations, la Cour relève des violations des règles de passation des marchés publics, notamment dans les secteurs de l’éclairage public et de la fourniture de denrées alimentaires, exécutés sans respect des procédures réglementaires » dit-il .
Le rapport pointe également une consommation de carburant estimée à plus de 367 millions de FCFA, jugée sans justification au regard du parc automobile communal, ainsi qu’un manque de traçabilité dans les dépenses.
Enfin, la juridiction financière évoque des avantages jugés injustifiés accordés à une société privée, en contradiction avec les principes de gestion équitable des ressources publiques.
Pour Amadou Tom Mbodji, ces éléments, issus d’institutions de contrôle de l’État, ne peuvent être ignorés dans le débat public. Il appelle à des réponses « claires et transparentes » face aux interrogations soulevées.
« Le peuple sénégalais mérite mieux que des discours de diversion ou des tentatives de réécriture du passé », conclut-il, insistant sur la de replacer la question de la reddition des comptes au cœur de la vie politique locale.
