Le système éducatif de la commune de Ziguinchor est paralysé depuis deux jours à la suite d’un incident survenu au CEM Boucotte Sud. Un élève est accusé d’avoir blessé son professeur à la tête à l’aide d’un morceau de brique, à l’issue d’une altercation en salle de classe. En réaction à cette agression présumée, le G7 a décrété 48 heures de grève, un mouvement suivi également par les élèves.
Selon plusieurs sources, l’affaire trouverait son origine dans des moqueries répétées visant l’élève Pape Ibrahima Dabo, tant de la part de certains camarades que de certains enseignants.
La version des faits rapportée par une source proche du dossier
« Les faits se sont déroulés vers 13 heures, à la fin du cours. Une bagarre a éclaté entre deux élèves. Monsieur C. Diatta est intervenu pour les séparer, avant de demander à Ibrahima Dabo de sortir de la salle. Refusant d’obtempérer, ce dernier aurait alors ramassé un morceau de brique et frappé son professeur à la tête, lui causant une blessure », explique une source proche du dossier interrogée par Seneweb.
À la suite de la plainte déposée par l’enseignant, l’élève a été placé en garde à vue avant d’être libéré sous convocation.
Ce qui aurait précédé l’incident.
Présenté comme le principal mis en cause, Pape Ibrahima Dabo a tenu à livrer sa version des faits, affirmant être victime de brimades récurrentes.
« Devant mes camarades, ils m’appelaient Krepin parce qu’ils disent que je suis moche. Monsieur Diatta m’a mis devant le tableau pour se moquer de moi et toute la classe riait. Après le cours, j’ai eu une altercation avec une camarade. C’est à cause de cela que Monsieur Diatta et Monsieur Tine m’ont frappé jusqu’à ce que je perde connaissance », confie l’élève.
Concernant l’objet utilisé, il affirme qu’il s’agissait « d’une petite pierre ».
De son côté, l’enseignant blessé a produit un certificat médical attestant d’une incapacité temporaire de travail (ITT) de deux jours.
Âgé de 17 ans et élève en classe de quatrième, Pape Ibrahima Dabo a été placé en garde à vue avant d’être remis en liberté sous convocation pour le vendredi suivant.
Des témoignages accablants de camarades de classe
Plusieurs camarades de l’élève ont corroboré l’existence de moqueries répétées.
« Après l’avoir frappé, ils l’ont enfermé dans la salle avant de nous libérer. Monsieur Diatta l’a insulté en s’en prenant à sa mère devant nous, ce qui a mis Pape hors de lui. Il est régulièrement victime de moqueries, autant de la part de ses camarades que de certains professeurs, à cause de sa morphologie. Ils l’appellent Krepin. Nous savions que les versions allaient changer parce que nous sommes des élèves », témoigne une camarade sous couvert de l’anonymat.
Un autre élève de la classe de troisième ajoute :
« L’un des professeurs l’a frappé au visage, l’autre dans le dos. C’est après cela que Pape s’est évanoui entre leurs mains. Pourtant, il n’est pas violent et ne se bat jamais à l’école. C’est pour cela que nous avons décidé de faire grève contre ces actes commis par nos propres enseignants. »
Une double paralysie du système éducatif…
Pour exprimer leur colère, les élèves du CEM Boucotte Sud ont délogé ceux des autres établissements et décrété 48 heures de grève. Ce mouvement s’ajoute à celui du G7, paralysant plusieurs établissements scolaires de la commune de Ziguinchor.
« Le G7 a estimé qu’il fallait agir pour protéger le collègue et le corps enseignant, afin de montrer que nous ne tolérons pas que l’on lève la main sur des enseignants », explique Edouard Diedhiou, membre du G7. Il précise qu’une audience s’est tenue avec l’Inspection d’Académie de Ziguinchor et que d’autres rencontres sont prévues entre les différentes parties pour trouver une issue à la crise dans les meilleurs délais.
Une enquête judiciaire en cours.
Cependant, sur instruction du parquet, une enquête est en cours afin de déterminer les circonstances exactes de cette affaire d’agression en milieu scolaire et d’établir les responsabilités.
Ansoumana Dasylva/GMS
