Un drame conjugal d’une rare violence a éclaté à Touba, mettant au jour au passage des pratiques médicales troublantes au sein d’un hôpital national. Y. Ndao, infirmière d’État en service au centre hospitalier Cheikh Ahmadoul Khadim, a été placée en garde à vue pour avoir gravement lacéré sa coépouse à l’aide d’un bistouri. Ce qui aurait pu rester un simple conflit domestique a pris une dimension judiciaire après la découverte d’un certificat médical suspect délivré par le chirurgien en chef de l’établissement.
Une attaque violente dans un contexte conjugal
L’incident s’est produit au quartier Ñari Pneu, où les deux femmes, épouses du même homme, vivent dans le même immeuble : Y. Ndao, première épouse (Awoo), résidant au rez-de-chaussée, et M.O. Dieng, deuxième épouse (Ñareel), à l’étage. Selon la victime, Y. Ndao serait montée à l’étage sous prétexte de faire le ménage. Après un refus catégorique de quitter les lieux, elle aurait attaqué M.O. Dieng avec une lame de bistouri au moment où celle-ci descendait.
Les blessures sont graves : M.O. Dieng présente de profondes lacérations à la joue droite et à l’oreille gauche. Elle a été évacuée à l’hôpital et a déposé plainte avec un certificat médical initial indiquant une incapacité temporaire de travail (ITT) de 45 jours.
Un certificat médical suspect
En réponse, Y. Ndao a produit son propre certificat médical, délivré par le Dr A. N., chef de service de chirurgie générale du même hôpital, attestant une ITT de 30 jours pour elle-même. Elle affirme avoir été attaquée en premier et s’être défendue.
Les enquêteurs du commissariat de Ndamatou, méfiants face à l’absence de blessures visibles sur Y. Ndao, ont commandé deux contre-expertises. Les résultats sont accablants : les hôpitaux Matlaboul Fawzeyni de Touba et de Ndamatou ont respectivement établi des ITT de 12 et 7 jours, invalidant le certificat initial et confirmant les soupçons de falsification.
Des responsabilités médicales engagées
Interpellé, le Dr A. N. a expliqué son diagnostic par la nature du métier d’infirmière, tout en reconnaissant que les blessures étaient légères. Confronté aux contre-expertises, il a déclaré « respecter les décisions de ses collègues ». Bien que non écroué, il reste à la disposition de la justice et pourrait être poursuivi pour « délivrance d’une certification de fausse infirmité ».
Une éventuelle arrestation pourrait perturber son service, très sollicité pour les opérations chirurgicales, ce qui expliquerait sa remise en liberté après audition.
Déférée au parquet
L’infirmière Y. Ndao doit être présentée ce lundi au parquet de Diourbel pour coups et blessures volontaires. Au-delà de ce conflit conjugal, l’affaire soulève de sérieuses questions éthiques sur certaines pratiques au sein du système hospitalier.
