59 professeurs sénégalais recrutés en Guinée : l’alerte du MESRI

Le Pr Daouda Ngom, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), a adressé, le 31 décembre 2025, une circulaire urgente aux recteurs des universités publiques sénégalaises. Objet : la présence de 59 enseignants-chercheurs sénégalais sur la liste des admis au recrutement de 300 enseignants-chercheurs publiée récemment par la République de Guinée, au titre de son Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de l’Innovation (MESRSI).

Cette situation pose une question cruciale : s’agit-il d’un cumul d’emplois illégal ou d’une fuite de cerveaux massive ? Selon le ministre Daouda Ngom, ces cinquante-neuf universitaires, déjà en poste au Sénégal, risquent de violer les dispositions légales et réglementaires encadrant les universités publiques nationales. C’est la publication des résultats du concours guinéen, le 26 décembre dernier, qui a révélé l’ampleur du phénomène.

Parmi les enseignants-chercheurs concernés figurent 9 professeurs titulaires, 6 professeurs assimilés et 3 maîtres de conférences titulaires, dont certains occupent des fonctions stratégiques telles que directeur d’UFR ou directeur d’école doctorale.

Une menace pour la continuité des enseignements

Le ministère qualifie l’affaire de « préoccupante ». Au-delà du cadre légal, c’est la qualité de l’enseignement et de la recherche au Sénégal qui est en jeu. Le départ ou le cumul de fonctions de près de soixante cadres académiques pourrait désorganiser gravement les départements universitaires. « Cet enrôlement d’enseignants-chercheurs dans la fonction publique d’un autre pays remet en cause certaines dispositions légales et réglementaires en vigueur dans nos universités », rappelle la circulaire officielle.

Les recteurs sommés d’agir

Face à cette situation inédite, le Pr Daouda Ngom a mis les recteurs en demeure. Ils doivent clarifier la nature des relations contractuelles des 59 universitaires avec leurs établissements d’origine et proposer des mesures concrètes pour résoudre cette crise humaine et administrative. Le ministre souligne qu’il « attache du prix à l’exécution effective de cette instruction », affirmant ainsi la fermeté du gouvernement face à ce qui s’apparente à une fuite de cerveaux organisée ou à une fraude administrative à grande échelle.

Quelles motivations pour ce départ massif ?

Cette crise intervient alors que le Sénégal avait annoncé un recrutement exceptionnel de 500 nouveaux enseignants-chercheurs pour combler son déficit en ressources humaines qualifiées. L’attrait pour des offres étrangères, des conditions de travail plus avantageuses ou des perspectives de carrière plus rapides pourraient expliquer cette transhumance académique vers la Guinée.

Mais pourquoi la Guinée ? Alors que la fuite des cerveaux sénégalaise se dirigeait traditionnellement vers l’Europe, l’Afrique du Nord ou le Gabon, le paysage de l’enseignement supérieur guinéen a récemment connu des évolutions majeures. L’année universitaire 2025-2026 compte 70 à 80 établissements, dont 19 publics, répartis sur 6 universités, ainsi que plusieurs instituts spécialisés comme l’Institut des Mines et de Géologie de Boké, l’Institut Supérieur de Technologie de Mamou ou l’Institut Supérieur Agronomique et Vétérinaire de Faranah. Trois nouvelles écoles supérieures ont ouvert cette rentrée pour renforcer l’offre de formation technique.

Pour obtenir l’accréditation de ses programmes auprès de l’ANAQ (Autorité Nationale d’Assurance Qualité), la Guinée doit respecter un ratio spécifique d’enseignants de rangs A et B, que les docteurs sénégalais sont en mesure de combler. C’est ainsi que les autorités guinéennes se tournent vers Dakar pour répondre à leurs besoins et se conformer aux standards internationaux.

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