Maison d’arrêt des femmes de Liberté 6 : Yassine Fall partage le Ndogou et promet des réformes sur les alternatives à la prison

La ministre de la Justice, garde des Sceaux, Yassine Fall, a partagé mardi un repas de rupture du jeûne, communément appelé Ndogou, avec les pensionnaires de la Maison d’arrêt pour femmes (MAF) de Liberté 6, à Dakar. Cette rencontre, placée sous le signe de l’écoute et de la solidarité, a également été l’occasion pour la ministre d’annoncer l’organisation, après le Ramadan, d’un séminaire consacré aux alternatives à l’incarcération, en vue d’identifier des solutions durables avec l’ensemble des acteurs du système judiciaire. La ministre a profité de l’occasion pour réaffirmer l’engagement de l’État à promouvoir une justice « ferme, équitable et humaine ».

S’adressant aux détenues, la garde des Sceaux a insisté sur la nécessité de préserver la dignité des personnes privées de liberté. « En tant que femme, responsable publique, mais surtout en tant que sœur et mère, vous n’êtes pas oubliées. La privation de liberté ne doit jamais signifier la perte de dignité. La justice doit certes sanctionner lorsque cela est nécessaire, mais elle doit aussi accompagner, réparer et ouvrir des perspectives réelles de réinsertion », a déclaré Yassine Fall. Elle a également annoncé l’organisation, après le mois de Ramadan, d’un séminaire consacré aux alternatives à l’incarcération, afin d’identifier des solutions durables avec l’ensemble des acteurs du système judiciaire.

Pour la ministre, le repas partagé revêt une forte portée symbolique. Il traduit, selon elle, la volonté des pouvoirs publics de maintenir un dialogue constant avec les personnes détenues et de renforcer les politiques d’éducation et de formation professionnelle dans les établissements pénitentiaires.

Prenant la parole à son tour, la directrice de la MAF de Liberté 6, l’inspecteur Khadidjatou Ndoye, a évoqué certaines préoccupations liées aux conditions de détention, notamment la question des longues détentions provisoires. « Ces moments sont aussi des instants de prière et de dévotion. Nous prions pour que Dieu exauce nos vœux. Mais c’est également l’occasion de partager les attentes des pensionnaires. Des efforts ont été faits, mais des défis subsistent. Huit détenues sont ici depuis trois ans sans avoir encore été jugées. La question de l’aménagement des peines mérite également d’être davantage développée », a-t-elle plaidé.

En réponse à ces préoccupations, la juriste à la Direction des affaires criminelles et des grâces, Aida Coundoul Tine, a animé un panel d’information portant sur les mécanismes d’aménagement de peine, notamment la libération conditionnelle, la réduction de peine et le placement sous surveillance électronique.

Concernant la libération conditionnelle, elle a expliqué qu’elle peut être accordée aux détenus ayant fait preuve de bonne conduite et ayant exécuté au moins la moitié de leur peine. La procédure nécessite une demande adressée au ministre de la Justice, qui est ensuite examinée par une commission composée notamment de représentants de l’administration pénitentiaire et du ministère. Cette mesure reste toutefois révocable si le bénéficiaire ne respecte pas les conditions fixées après sa libération.

S’agissant de la réduction de peine, Aida Coundoul Tine a précisé qu’elle repose essentiellement sur le comportement du détenu envers ses codétenus et le personnel pénitentiaire. Contrairement à la libération conditionnelle, aucune demande formelle n’est requise : le juge et la commission compétente examinent directement le dossier du détenu. La législation prévoit qu’une réduction pouvant aller jusqu’à trois mois par année de détention peut être accordée.

Elle a également évoqué le placement sous surveillance électronique, communément appelé bracelet électronique. Selon la juriste, cette mesure repose d’abord sur le consentement du détenu, ainsi que sur certaines conditions pratiques et médicales, notamment l’absence de contre-indications de santé et la disponibilité des dispositifs. En principe, le détenu doit avoir exécuté une partie de sa peine, généralement entre six mois et un an, pour pouvoir en bénéficier. Dans certains cas, notamment pour des infractions économiques comme le détournement de deniers publics, le remboursement des sommes dues peut également être pris en compte dans l’examen du dossier.

Le port du bracelet impose toutefois des obligations strictes : le bénéficiaire doit respecter les horaires et les zones de déplacement fixés par l’autorité judiciaire, ainsi que les règles techniques liées au dispositif, notamment son rechargement régulier. Toute tentative d’enlèvement ou de destruction du bracelet est assimilée à une évasion et expose son auteur aux sanctions prévues par la loi.

Revenant sur la situation des femmes incarcérées au Sénégal, Yassine Fall a souligné que la population carcérale féminine représente une proportion relativement faible. « Les femmes constituent environ la moitié de la population du pays, mais elles ne représentent que 3,4 % de la population carcérale au Sénégal. Ces chiffres sont significatifs : ils illustrent le rôle exemplaire que jouent les femmes dans la préservation des valeurs de dignité et d’intégrité au sein de notre société », a-t-elle indiqué.

La ministre a également encouragé les détenues à envisager leur retour dans la société comme une nouvelle étape. Selon elle, les femmes ayant vécu l’expérience de l’incarcération peuvent devenir des relais au sein de leurs communautés pour sensibiliser d’autres femmes et jeunes filles et contribuer à prévenir de telles situations.

À l’issue de la cérémonie, Yassine Fall a pris le temps d’échanger directement avec plusieurs pensionnaires de la Maison d’arrêt pour femmes de Liberté 6, dans un moment de dialogue marqué par l’écoute et la solidarité. Une manière, pour la ministre, d’apporter un soutien moral et de rappeler que la politique pénitentiaire vise aussi à préparer la réinsertion sociale des personnes détenues.

 

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