Patrice Motsepe sous pression : la CAN ne se jouera plus tous les deux ans

En pleine Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc, la Confédération africaine de football (CAF) a surpris le monde du football africain en annonçant un changement majeur : à compter de 2029, la CAN ne se disputera plus tous les deux ans, mais tous les quatre ans. Une décision aux lourdes implications, révélée alors même que la 35ᵉ édition du tournoi continental touche à sa fin.

Alors que l’euphorie sportive domine encore autour de la compétition, cette annonce a fait l’effet d’une onde de choc. Très rapidement, des voix se sont élevées pour dénoncer une mesure jugée unilatérale, prise sans consultation préalable des fédérations membres et sans passage devant l’Assemblée générale. En interne, la secousse est bien réelle. La stabilité de l’instance panafricaine apparaît fragilisée, plaçant son président, Patrice Motsepe, au cœur d’une véritable tempête institutionnelle.

Une influence grandissante de la FIFA en toile de fond

Pour de nombreux observateurs, cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large : l’influence croissante de la FIFA sur la gouvernance du football africain. Depuis 2020, son président, Gianni Infantino, est soupçonné d’avoir renforcé son emprise sur les grandes orientations stratégiques de la CAF. La décision de rendre la CAN quadriennale est ainsi perçue par plusieurs acteurs comme l’aboutissement de cette dynamique, au détriment de l’autonomie confédérale africaine.

Une décision juridiquement contestée

Le principal point de crispation réside dans la procédure. Contrairement aux usages et aux principes de gouvernance, cette réforme n’a pas été soumise au vote de l’Assemblée générale, seule instance habilitée à se prononcer sur une modification aussi fondamentale du format ou de la périodicité d’une compétition majeure. Une méthode qui tranche radicalement avec l’ère de Issa Hayatou, figure historique de la CAF.

Pour justifier sa position, l’instance dirigeante invoque l’article 23.10 de ses statuts, qui confère au Comité exécutif une autorité suprême sur les compétitions. Un argument jugé fragile par plusieurs spécialistes du droit du sport. Selon un expert cité par The Guardian, cette décision ne pourrait être considérée que comme « juridiquement invalide », tant son impact dépasse le cadre d’une simple mesure administrative.

Des fractures internes de plus en plus visibles

La contestation ne cesse de gagner du terrain. Plusieurs présidents de fédérations africaines ont exprimé, parfois ouvertement, leur profond mécontentement. L’un d’eux, s’exprimant sous couvert d’anonymat, dénonce un simulacre de concertation :

« La décision était déjà actée. On nous a assuré qu’elle serait discutée au Maroc, mais aucune discussion n’a réellement eu lieu. Si une Assemblée générale avait été convoquée avec un vote démocratique, cette réforme n’aurait jamais été adoptée. »

Au-delà des pertes financières potentielles pour certaines fédérations, ce sont les fondements mêmes de la CAF qui semblent aujourd’hui fragilisés. Les dissensions internes se multiplient, faisant planer le spectre de divisions profondes — une situation toujours périlleuse pour une institution continentale, car elle peut rapidement déboucher sur une remise en cause du leadership en place.

Dès lors, une question s’impose : la CAN quadriennale pourrait-elle provoquer une véritable crise interne au sein de la CAF, au point d’ébranler durablement sa gouvernance, voire de coûter leur poste aux actuels dirigeants ? Une hypothèse qui, désormais, n’est plus totalement à exclure.

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