Lettre ouverte au Premier Ministre

 

​Monsieur le Premier Ministre,

​Aujourd’hui, vous et l’ensemble de votre gouvernement vous rendrez à l’Assemblée nationale pour votre Déclaration de politique générale, quelques mois après votre prise de fonction à la Primature.

​Je voudrais magnifier cet exercice républicain et normatif, ancré dans la tradition de notre pays. Je tiens également à souligner que les populations sénégalaises, particulièrement celles du Boudhié (Région de Sédhiou), attendent beaucoup de vous et de vos ministres à l’issue de ces travaux.

​À ce propos, Monsieur le Premier Ministre, il y a deux ans et demi, votre prédécesseur se tenait à la tribune de ce lieu auguste pour décliner la feuille de route du quinquennat. Grande a été la surprise des populations du Boudhié (Bambali, Djirédji, Bémet Bidjini et Djibabouya) d’apprendre l’annulation de certains programmes en cours, notamment le Plan spécial de désenclavement (PSD), qui figurait parmi les projets prioritaires devant être exécutés. Par la suite, le ministre en charge des Infrastructures, face à la presse nationale et internationale, a présenté ses axes prioritaires pour le quinquennat : la Boucle du Boudhié, entre autres tronçons concernés par le PSD, en était absente.

​Cette situation a plongé les habitants de cette contrée si lointaine et enclavée dans un profond désarroi. Comment est-il possible, Monsieur le Premier Ministre, qu’un projet déjà en phase d’exécution soit interrompu, alors que les populations aspiraient à sortir enfin des calvaires qu’elles traversent depuis des décennies ? Plus grave encore, les habitants n’ont pu que constater le départ de l’entreprise chargée des travaux, sans aucune explication de la part des autorités.

​Alors que vous vous apprêtez à présenter votre DPG, qui articulera l’action gouvernementale pour les années à venir, nous, populations de la Boucle du Boudhié, vous sollicitons instamment pour la reprise des travaux. La construction de cette route est devenue une urgence absolue pour toute la Casamance, car elle constitue le prolongement naturel du désenclavement de la région de Sédhiou vers le fleuve Casamance. La zone abrite d’importantes activités maraîchères et agricoles ; malgré ce potentiel, l’évacuation des récoltes vers les grands centres urbains reste extrêmement difficile en l’absence d’infrastructures routières adaptées.

​Monsieur le Premier Ministre, le secteur du Boudhié a trop longtemps été le parent pauvre des politiques publiques. Le département de Sédhiou comprend trois zones historiques : le Pakao, le Diassing et le Boudhié. Les populations de notre secteur dénoncent depuis longtemps cette inéquité territoriale. C’est avec la notoriété internationale de l’un de nos fils, la star nationale Sadio Mané, que l attention des autorités s’est enfin portée sur nous. Les visites régulières de Sadio Mané dans sa commune natale ont mis en lumière l’état critique des pistes et l’isolement de toute la zone. Sensible à cette situation, il avait même manifesté la volonté d’investir ses propres ressources pour construire cette route si l’État ne s’en chargeait pas. C’est à la suite de cet élan que le régime sortant avait décidé d’engager les travaux et d’indemniser les personnes impactées par le tracé.

​Espérant que notre cri du cœur trouvera une oreille attentive au sein de votre gouvernement, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de ma haute considération.

​El Hadji Bemba Fadiaba

Fils de Sédhiou (Boumouda, Boudhié, Djirédji)

Acteur politique et de développement

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