Sans surprise, le président ougandais sortant Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans et au pouvoir depuis 1986, a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle, ce samedi 17 janvier, par la Commission électorale. Il était opposé à Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi.
Assuré de l’emporter avant même la tenue du scrutin, Yoweri Museveni décroche ainsi un septième mandat consécutif, prolongeant un règne de près de quarante ans. Selon les résultats définitifs annoncés par le président de la Commission électorale, Simon Mugenyi Byabakama, le chef de l’État sortant a obtenu 71,65 % des suffrages, contre 24,72 % pour son principal rival Bobi Wine.
L’ancien chef rebelle, officiellement âgé de 81 ans, s’est appuyé sur un contrôle étroit de l’appareil électoral et sécuritaire. Au cours de ses décennies au pouvoir, il a fait modifier à deux reprises la Constitution afin de supprimer les limites d’âge et de mandats présidentiels. Sur le continent africain, seuls Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun ont gouverné plus longtemps que lui.
Peu avant l’annonce officielle des résultats, Bobi Wine a publié une vidéo sur le réseau social X, dans laquelle il a exprimé son « rejet total des résultats truqués », affirmant s’être caché après un raid des forces de sécurité à son domicile.
« Je sais que ces criminels me recherchent partout et je fais de mon mieux pour rester en sécurité », a-t-il écrit.
La police a démenti toute opération visant l’opposant, assurant qu’il se trouvait toujours chez lui, tout en reconnaissant qu’un important dispositif sécuritaire était déployé autour de sa résidence.
« Nous ne pouvons tolérer que des individus utilisent son domicile pour se rassembler et inciter à la violence », a déclaré le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke, à la presse.
Un important dispositif policier était également visible dans la capitale Kampala, ont constaté des journalistes de l’AFP, les autorités cherchant à prévenir d’éventuelles manifestations, à l’image de celles observées récemment au Kenya et en Tanzanie. Avant le scrutin, les autorités avaient procédé à une coupure d’internet, qui n’avait pas encore été rétablie samedi.
L’Organisation des Nations unies (ONU) a estimé que le vote s’était déroulé dans un climat « marqué par une répression et une intimidation généralisées ».
Malgré les critiques, Yoweri Museveni demeure pour une partie de la population le « père de la Nation », celui qui a sorti l’Ouganda du chaos politique et économique à l’issue de la guerre de brousse des années 1980. Plus de 70 % des Ougandais ont moins de 30 ans et n’ont connu que lui à la tête du pays.
« Cette victoire est le fruit de son travail acharné, de son dévouement et de son engagement envers le peuple ougandais », s’est réjoui Isaac Kamba, enseignant de 37 ans, lors d’un rassemblement pro-gouvernemental à Kampala. Toutefois, l’ambiance y était relativement morose, un animateur allant jusqu’à exhorter la foule à davantage d’enthousiasme pour bénéficier d’un repas gratuit.
De son côté, un porte-parole de la Plateforme d’unité nationale, le parti de Bobi Wine, a qualifié auprès de l’AFP les résultats de « mascarade ».
Par ailleurs, le Mouvement de résistance nationale (NRM), parti au pouvoir, disposerait d’une avance confortable au Parlement, selon des résultats provisoires. Le dépouillement des bulletins législatifs est toujours en cours.
