Sommes nous en train de vivre la mise en œuvre concrète de ce que Ousamane Sonko avait qualifié de cohabitation douce ?

On parle beaucoup, en ce moment, d’un changement de ton entre le Président de la République et le PASTEF. Et ce n’est pas seulement une question de déclarations : c’est la façon dont les institutions “respirent” à nouveau, à petits pas, qui attire l’attention.

Le Premier Ministre, en rendant un vibrant hommage à son prédécesseur, Monsieur le Président Ousmane Sonko, hier lors de sa déclaration de politique générale, a, de manière très symbolique, déplacé le curseur. Dans la politique, les gestes comptent autant que les mots. Ils peuvent signifier : on sort de la logique de confrontation permanente, on redonne une place au dialogue, on accepte de travailler avec l’autre au lieu de le défier en permanence.

Pendant longtemps, la relation a été marquée par une confrontation, parfois frontale, parfois sur des lignes de fracture qui semblaient irréductibles. Or, l’absence de certains gestes politiques attendus — notamment l’usage d’outils de rupture — peut parfois être moins un signe de blocage qu’un signal de calcul plus profond. Quand on sait qu’une motion de censure n’est pas une simple formalité mais un acte lourd, on comprend aussi que ne pas l’utiliser peut relever d’une stratégie : éviter le pire, préférer la négociation, chercher une sortie politique plutôt qu’un effondrement institutionnel.

Alors oui, il peut s’agir d’un dégel.

Un dégel ne se décrète pas : il se lit dans les détails. Il apparaît quand les échanges cessent d’être uniquement défensifs, quand la confrontation se transforme en discussions, quand les positions “s’affrontent” moins et se rapprochent davantage. Il apparaît aussi quand chaque camp commence à considérer l’autre non plus comme un adversaire à abattre, mais comme un acteur incontournable de la stabilité. Les députés Amadou Ba et le Président du groupe parlementaire Pastef ont clairement affirmé un soutien au gouvernement Lo tant que les fondamentaux de la République seront préservés .
Dans cette lecture, le Président enverrait un message : la République doit avancer, y compris avec des partenaires politiques difficiles. Et, de son côté, le PASTEF pourrait y voir un espace pour peser autrement : obtenir, infléchir, négocier des résultats plutôt qu’ouvrir une crise dont l’issue serait incertaine.

Attention toutefois : ne pas confondre dégel et accord total. Un dégel n’efface pas les désaccords de fond. Il permet simplement de faire tomber la logique du “tout ou rien” au profit d’une logique de transition, de compromis et de continuité.

Et si les institutions respirent un peu plus aujourd’hui, c’est peut-être parce qu’on comprend enfin une chose : dans un pays qui attend des réponses concrètes, la stabilité n’est pas seulement un principe. C’est une nécessité.

Seul le prochain cycle politique nous dira si nous sommes entrés dans une cohabitation douce, ou si nous sommes simplement en train d’assister à un répit.

Me Pape Mamaille Diockou
Avocat
Membre du Parti PASTEF

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